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"Si vous pensez trop à vous, c'est que vous y pensez mal."
Peut-être sommes-nous, en effet, trop préoccupés de nos petites personnes. Mais peut-être surtout y prenons-nous mal dans notre rapport à nous-même...
Tout d'abord, parce que nous nous laissons trop facilement gagner par des valeurs et des injonctions factices : performances, abondance, apparence. Trois fléaux. Nos sociétés et nos psychismes également.
● La performance : il est normal de vouloir bien faire, mais pas de voir des "challenges" partout de vouloir être "gagneur" au point de s'en rendre malade. C'est la désormais classique fatigue d'être soi, du sociologue Alain Ehrenberg.
● L'abondance : il est normal de vouloir disposer d'un toit, de vêtements, de nourriture. Mais pas d'acheter fiévreusement (ou de rêver d'acheter) tout ce que l'on nous agite sous le nez.
● L'apparence : il est normal d'avoir plaisir avec son corps et d'en prendre soin, mais pas de trembler à la moindre ride ou au premier cheveu blanc.
Ensuite, parce que la place que prennent désormais la construction et le soin de nous-même dans notre économie personnelle est devenue d'un coût exorbitant. Nous n'avons plus le choix de ne pas penser à nous, face à une société où l'image est devenue si importante ; d'où ce résultat : notre ego est effectivement boursoufflé, omniprésent, gavé de mauvaises nourritures, dont il est devenu dépendant. Ce n'est sans doute pas un hasard si les troubles des conduites alimentaires, boulimie et anorexies, sont si étroitement liés aux problèmes d'estime de soi. Et il est tentant de pousser encore plus loin la comparaison : il y a des boulimies de soi-même, des inflations de l'ego où l'on se remplit de soi puis, où l'on vomit. Il y a souvent, ensuite, des anorexies de soi où l'on se réfugie dans l'ascèse et la privation, où l'on croit se grandir et se renforcer en s'ignorant et en se maltraitant. Souffrances inutiles qui n'apprennent rien d'autre qu'à davantage souffrir et à mieux se punir.
Crédit : Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l'estime de soi, Christophe André.
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