
À Alger, le 1er novembre 2019, jour anniversaire du début de la guerre anticolonialiste, des milliers de manifestants sont dans la rue pour réclamer une "nouvelle indépendance". (Photo de Farouk BATICHE/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES
Le peuple algérien déterminé à en finir avec le régime en place.
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La mort de l'ex-chef d'État-major algérien, le général Gaïd SALAH, qui plonge le pays dans un brouillard épais, n'altère pas la puissance de la rue qui a empêché le président BOUTEFLIKA de se maintenir au pouvoir. Le crépuscule de l'État-FLN ?
Celui que l'on croyait être le "maître de l'Algérie" est mort le 23 décembre 2019. Le point d'orgue d'une année qui a changé l'Algérie et déstabilisé comme jamais le régime bâti autour du Front de libération national (FLN) et de son armée depuis 1962. Soit la génération qui a libéré le pays avant de sombrer, comme celles aux commandes de tant d'États issus de luttes de libération nationale, dans une caricature gérontocrate. La faute à l'irruption soudaine sur la scène politique de la société réelle, dont 70% a moins de 30 ans. Le décès de l'ex-chef d'État-major de l'armée et dirigeant de fait de celle-ci, Ahmed Gaïd Salah, 80 ans, laisse un pays en plein brouillard et en pleine ébullition. Comment, en 2019, les tenants du pouvoir algérien ont-ils pu penser que la réédition du "coup de 2014" marcherait ? En tentent d'imposer, par cupidité et aveuglement le cinquième mandat d'un président malade, invisible et inaudible, les maîtres d'Alger ont réveillé un pays.
"L'humiliation de trop" des "cadres" auxquels prêtaient allégeance des petites légions d'obligés du régime, née d'un haut-le-cœur collectif devant les mises en scène de la photo encadrée d'Abdelaziz BOUTEFLIKA, a débouché sur le puissant mouvement de contestation populaire que connaît l'Algérie depuis son indépendance : le Hirak. Une société réveillée, armée de la seule force de son pacifisme, a entravé le dessein de ceux qui s'étaient cachés, pour l'occasion, derrière le portrait d'un président fantôme. Eux qui avaient dissimulé la nature militaire du régime derrière les murs blancs immaculés du palais d'EL MOURADIA, la présidence "civile", sise sur les hauteurs d'Alger. Ceux qui se sont partagé une rente qui font aujourd'hui comme neige au soleil : les hydrocarbures. Ceux, enfin, qui ont divisé, cassé et étouffé toute opposition dans le pays.
Le 2 avril 2019, souviens-toi, Abdelaziz BOUTEFLIKA a été démissionné par ses pairs militaires, soucieux de gagner du temps en actionnant des leviers coutumiers et en apparence immuables : alterner fausse ouverture et répression ; convoquer le spectre de la guerre civile des années 1999 ; désigner un "ennemi intérieur" : les Kabyles. À ce jour, en vain.
Simulacre de présidentielle :
"C'est un moment inédit car tout le monde manifeste, la diversité sociologique de l'Algérie se retrouve et se brasse. Jeunes, familles, vieux : tous sortent. Les couches moyennes comme les quartiers populaires. Mais aussi des gens aisés, des petits entrepreneurs, cadres, professions libérales, expliquait au Monde le sociologue Nacer DJABI. La force du mouvement tient au fait qu'aucune classe n'avance de revendication socio-économique ou catégorielle. Il y a un objectif commun, une détermination collective à rompre avec le système." Après dix mois de contestation, l'armée fait face, seule, à la société. Les relais traditionnels du régime, le FLN ou l'UGTA, la centrale syndicale, ont été balayés. Mais l'État-major a tenu, coûte que coûte, à organiser un simulacre d'élection présidentielle pour se vêtir des oripeaux de la légalité constitutionnelle. Le 12 décembre 2019, l'Algérie a recouvré les apparences d'une normalité. En tout cas, sur le papier. Ce scrutin, annoncé comme "le plus ouvert jamais organisé dans le pays", selon les termes rabâchés par les médias publics et privés contrôlés par le pouvoir, s'est déroulé de bout en bout dans une ambiance extrêmement tendue. Le taux de participation - à peine 40% officiellement - est le plus bas qu'ait connu le pays. Il souligne à lui seul l'ampleur du rejet des Algériens pour ce rendez-vous électoral.
Les Soudanais mettent fin à l'ère Al-Bachir :
Pendant des mois, dans le courant de l'année 2019, les Soudanais sont descendus dans les rues, bravant les violences de l'appareil sécuritaire qu'avait mis en place le régime d'Omar Al-Bachir pour éviter d'être renversé. Il l'a pourtant été, le 11 avril 2019, quand le pouvoir s'est retrouvé contre celui qui, arrivé par un coup d'État le 30 avril 1989, s'apprêtait à fêter ses trente ans au pouvoir. Ces démonstrations de rue, orchestrées sur tout le territoire algérien, n'étaient pas de simples manifestations du pain, comme en témoignent les slogans entendus à Atbara, où a commencé la contestation : "Liberté, paix, justice et chute du régime". La colère économique est venue se greffer sur un programme déjà construit et bien établi. Avant que les premiers manifestants ne descendent dans la rue, les membres de l'Association des professionnels soudanais, qui est une forme de syndicat parallèle, avaient défini leurs objectifs, envisagé la suite et médité aussi les leçons des "printemps arabes", convaincus que tout recours à la violence serait une erreur. Pour l'éviter, des groupes de femmes sur Facebook, forts de centaines de milliers de membres, ont fait circuler les photos des agents des services de sécurité déchaînés contre les manifestants. Une fois identifiés par des voisins, ceux-ci recevaient des messages signalant que leur adresse était connue...Une forme d'intimidation subtile, qui a sapé la détermination du bras armé de la répression. Dans ce pays tenu d'une main de fer par le général Omar Al-Bachir, l'état de l'économie a donc constitué un facteur important dans al mobilisation des contestataires de tous les âges, de tous les sexes, et issus d'abord des classes moyennes, urbaines, avant d'être rejoints par d'autres milieux. Ensuite, d'autres types de revendications sont apparus, élargissant la contestation aux libertés individuelles.
Deux ans de réclusion !
Après la signature, le 17 août 2019, d'un accord entre le Conseil militaire de transition, qui avait succédé à M. Bachir, et les meneurs de la contestation, le Soudan s'est doté d'un Conseil souverain, qui doit superviser la transition. Le général Hemetti, numéro deux, en est le véritable homme fort et envisagé de se présenter aux élections, qui doivent perte organisées après trois ans et demi de transition. Depuis septembre 2019, un gouvernement officie, et huit mois après son éviction, Omar Al-Bachir a été condamné, samedi 14 décembre 2019, à deux ans de réclusion par un tribunal spécial de Khartoum ; une première étape alors que d'autres procédures sont en cours.
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